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Éducation - lundi 11 février 2013

Mardi, près d’un professeur des écoles maternelles et primaires sur deux sera en grève. Cet appel est lancé par le SNUipp-FSU, premier syndicat des professeurs des écoles. Raison de ce mouvement de grogne : la réforme des rythmes scolaires qui doit s’appliquer à partir de septembre 2013, septembre 2014 au plus tard. Projet qui porte la semaine de classe de quatre jours actuellement à quatre jours et demi. Avec la matinée du mercredi travaillée.

Une réforme brouillonne

C’est le principal reproche que les syndicats d’enseignants font à leur ministre, Vincent Peillon.

Ils ne sont pas les seuls : les mairies qui doivent assurer une grande part de la réforme et les parents d’élèves partagent ce point de vue.

Car, aujourd’hui, dans une commune qui appliquera la réforme à la rentrée 2013, personne ne peut dire à quelle heure les enfants entreront à l’école ; à quelle heure ils en sortiront ; que feront-ils avant et après les cours ? Qui s’occupera d’eux ? Est-ce que les activités proposées par les mairies seront payantes ou gratuites ? Seront-elles obligatoires ou facultatives ?

Le ministre répond par le volontarisme. Il agit là où son prédécesseur se contentait de tenir des réunions de travail. Mais beaucoup considère qu’il confond vitesse et précipitation.

 L’intérêt de l’enfant

La réforme s’appuie sur un constat : les journées de classe de six heures sont trop longues pour les élèves. De l’avis de spécialistes des rythmes de l’enfant (et pas seulement des rythmes scolaires), il serait préférable de raccourcir la journée. Le ministre propose cinq journées : avec 5 h 15 maximum de temps scolaire le lundi, mardi, jeudi et vendredi ; et 3 h 30 maximum le mercredi matin. Autre obligation : une pause de 1 h 30 le midi pour déjeuner.

Certes mais Vincent Peillon fixe un autre butoir : pas un enfant ne doit quitter l’école avant 16 h 30. Cela suppose de proposer des activités dites péri scolaires (sport, théâtre, aides aux devoirs, etc.) prises en charge par les mairies et confiées soit à des salariés de la mairie, soit à des associations.

Mais, de fait, le nombre d’heures passées à l’école s’accroît pour les élèves.

 36 demi-journées de travail supplémentaires

La réforme impose aux enseignants de revenir à l’école une cinquième matinée, soit 36 demi-journées dans l’année.

Argument du ministre : cela n’allonge pas le temps de travail des enseignants. Ils doivent 24 heures devant les élèves plus trois heures pour l’aide, la formation continue, les concertations. Mais la réforme répartit ce temps de travail sur cinq jours au lieu de quatre.

Réponses des enseignants : cette cinquième demi-journée représente 36 déplacements supplémentaires dans l’année, éventuellement des frais de garde pour les enseignants qui ont des enfants… Soit un surcoût évident.

 Pas d’augmentation de salaires

Avant même le retour à la semaine de quatre jours et demi, les professeurs des écoles soulignaient qu’ils étaient moins bien payés que leurs collègues professeurs des collèges et lycées. Alors que, depuis la masterisation, ils sont recrutés au même niveau d’études : soit bac plus cinq.

De plus, les professeurs des écoles français sont parmi les moins bien payés en Europe.

Les 36 demi-journées supplémentaires de présence à l’école auraient pu s’accompagner d’une hausse des salaires. Vincent Peillon avait, lui-même, envoyé des messages parlant d’une juste revendication, tout en soulignant que c’était difficile dans le contexte budgétaire.

En janvier dernier, le ministre laissait entendre que les professeurs des écoles pourraient bénéficier d’indemnités. Les professeurs des écoles n’en ont pas ; alors que leurs collègues des collèges et lycées en bénéficient depuis très longtemps.

Avantage du système des primes : il accroît le salaire sans conséquences sur les futures retraites.

Désavantage : il coûte au budget de l’Etat. Et ouvre la porte à des revendications d’autres catégories de fonctionnaires.